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Mardi 15 février 2005

 

 

Un groupe de lecture autour

du film Et au milieu coule une rivière
de Robert Redford tiré du roman de
Norman MACLEAN
La rivière du sixième jour Édition :

Paris, Seuil, 1993, 146p.

 

               

                                 AFTC

 

Le lecteur pourra suivre plusieurs parcours à la fois :

Un récit biographique qui présente l’éducation de deux fils de pasteur dans le Montana au début du XXème Siècle,

-Un parcours quasi-documentaire sur la pêche à la mouche

-Un drame familial posé sous forme d’énigme.  La réponse exige un important travail de lecture du côté du spectateur. Les indices laissés par le film invitent à un véritable apprentissage de l’interprétation de l’image.

- sur l’enseignement de la parole. Sous cet angle de lecture, l’espace, et la rivière en particulier, décrit une topologie du sujet, et une véritable théorie du langage, de la transmission dans la filiation, de l’écriture, du savoir,…

 Du point de vue de la technique cinématographique, les plans sur les mains fournissent une matière intéressante pour un parcours d’interprétation...

 

 

«Sous la roche, il y a la parole...»

C'est sur cette formule étrange que commence et finit ce film, comme pour dire : il y a là-dessous quelque chose à entendre et la pêche à la mouche est un moyen d'y prêter l'oreille.


Lire à plusieurs, c'est comme partir à la pêche d'une parole.

Une parole qui fraye dans le courant qui traverse les corps humains...

Comme la pêche, la lecture demande un peu de technique

et de patience. On revient parfois bredouille,
et d'autres fois on a de quoi donner aux autres.

Pas du poisson d'étalage, une parole vive.

La parole et les lecteurs se choisissent l'un l'autre,

mais ni l'une ni les autres ne savent quand ni comment.

Les mots écrits ne sont que la moitié du chemin.

Sans lecteurs il ne reste qu'encre et papier, lettre morte.
Ce qui reste aux lecteurs c'est le meilleur, la part du vivant.

 

La figure des mains traverse l'ensemble du film.

Elles trahissent une parole cachée. La lecture

sera attentive à la fabrication des plans sur cette

figure qui fournit une véritable grammaire de l'image.

 

Les mains

 

Le lecteur d'images exercé sait qu'une
histoire peut en cacher une autre. Le résumé
derrière le livre ou la jaquette ne dit pas tout, il
passe même souvent à côté du plus intéressant.

 

Il n'a pas échapé aux lecteurs de l'AFTC

(Association des Familles des Traumatisés Crâniens)

que ce sont les mains des personnages qui
racontent une histoire parallèle. D'un plan à l'autre,
elles forment un parcours de figures à interpréter.

 

Les mains ouvrent et ferment le récit :

Au début du film, ce sont celles d'un vieux pêcheur (Norman Maclean)

 montent une mouche sur sa ligne. Une voix off accompagne le geste :

 

Un jour mon père me dit : "Norman, tu aimes raconter des histoires vraies n'est-ce pas ?"

Je répondis par l'affirmative. "Pourquoi n'écrirais-tu pas l'histoire de notre famille ? C'est seulement comme ça que tu comprendras ce qui s'est passé et pourquoi "

 

Dans Et au milieu coule une rivière ce sont les liens de filiation qui sont en cause.

Il y a une énigme à raconter, non pas parce qu'elle est enfin connue de l'écrivain,

mais parce que l'écriture est la seule manière de la rejoindre.

 

Aveuglés par leur passion de la pêche, les Maclean

vont être frappés par un drame que leurs mains

annoncent pourtant tout au long du film.

Paul, le frère de Norman, sera retrouvé

mort au fond d'une impasse.

 

"Presque tous les os de sa main étaient brisés"

déclare Norman à son père

"De quelle main ?" demande le père à son fils

"La main droite"

 

 

Il restera pour eux une énigme à résoudre.

 

Cette énigme c'est au spectateur, mis au
rang de lecteur interprète, qu'elle s'adresse.

Le film lui donne de nombreux indices,

mais la réponse reste voilée.

 

 

On est jamais trop pour parler des
chemins où nous emmènent ceux qui écrivent,
filment ou peignent.

 

Il faut souvent croiser plusieurs regards pour entrevoir ce qui,

à vue d'un homme seul, reste caché sous la surface du monde.

 

Les mots écrits sont comme les pierres d'un chemin à gué,

 ils ne sont que des appuis au dessus du tumulte.

C'est le lecteur qui fait sa route dans la langue.

 

 

 

 

 

Le Conseil Général de la Gironde a rendu possible cet accompagnement à la lecture pendant une année auprès des traumatisés crâniens de l'AFTC en 2002.

par asso Association Par les lettres publié dans : Par les lettres
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