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Mercredi 20 octobre 2004

 

 

 

 

Echange au sein d’un groupe après diffusion du film

Carmen de Francisco Rosi

 

Après un long temps de silence, des commentaires très libres fusent. Entre la réalité du film et l'imaginaire des lecteurs, un chemin d'interprétation se précise. La limite du lire et du délire ne tient qu'à l'observation scrupuleuse de la forme filmique et à l'écoute d'un tintement dans la parole.

 

 

 

Début de l'extrait 

 

-Carmen est morte, bien fait pour elle ! Elle l'a bien cherché.

-Carmen n'est qu'un personnage d'opéra...

-C'est une salope, elle a eu ce qu'elle mérite !

-Vous dites ça comme on jette une pierre à quelqu'un...

- ...

-Un spectacle d’opéra pose des questions, est-ce qu'on répond aux questions  par des condamnations ?

-Elle a voulu séduire... maintenant elle paye, c'est normal.

-C'est un peu court non ? On ne peut pas faire comme si le jeu de la séduction n'existait pas ! On risque d'être tôt ou tard retourné comme un gant.

- Comment ça ?

-Don José est un homme d'ordre et de moralité. A la fin il devient contrebandier et assassin. Au milieu, une bohémienne, danseuse de séguedille a tout renversé... avec une fleur de cassie. Comment une chose pareille est possible ? Et pourquoi ça se termine par un sacrifice ?

- ...

-Je vous propose de regarder avec précision la séquence où
Carmen et Don José s'affrontent pour la première fois. C'est
au début, dans le premier acte. Carmen chante une
Habanera et jette la fleur de cassie sur Don José comme on

jette un sort. Un sort qui va opéré.

-Voyons si Carmen est ce qu'on dit...

-Quand les hommes l’appellent pendant qu’elle se baigne, ce n’est pas pour lui demander ses papiers. Elle a un nom comme les prostituées. La police va rappliquer !

---Bon, mais les gardes civiles n'interviennent qu'à la fin de la séquence. Avant cela est-ce qu'on peut voir comment Carmen entre en scène ?

-On la voit au milieu des fleurs. Il y a des gouttes d'eau autour d'elle.

-Oui, on dirait qu'elle sort de l'eau comme une... créature.

-Carmen est dans une sorte de jardin fermé. Les hommes n'y 'entrent pas. Ils l'appellent, seulement.

-Ils l'invoquent plutôt, son nom et son amour.

-Carmen n'est pas une femme ordinaire. Elle est le centre du cadrage, du jardin clos, de la place publique, du cercle de danse,...

-Elle concentre toute l'attention des hommes, de la population et des gardes. Carmen c'est le nom d'une force qui met en mouvement les corps qui l'entourent, y compris le corps de garde, les forces de l'ordre. "Carmen" est une métaphore, une figure.

-C'est quoi une figure ?

-C'est un peu comme Carmen, toujours en mouvement. Personne ne peut jamais l'enfermer dans un sens définitif. Elle tourne, elle se démultiplie, elle transforme ce qui est figé, elle réorganise le temps, l'espace et les corps touchés par elle. Elle exerce une force d'attraction très puissante. Mais elle échappe à celui qui veut s'en emparer. Don José l'apprendra à ses dépends.

Fin de l'extrait

 

Pour approfondir la lecture d'image

 

Dans l'opéra de Carmen les Institutions sont toutes fortement représentées. Le film de Fransisco Rosi accentue leurs présences en filmant longuement la Procession de la Vierge, la garde montante et
descendante,
les
cigarières de la manufacture de tabacs. Chaque institution met le corps en scène à sa façon.

 

L'ordre militaire

 Exercer le pouvoir et faire respecter l'ordre, c'est une chorégraphie. Les corps des gardes (exclusivement masculins) doivent être verticaux, se suivre en rang, marchant en musique et en rythme. Les petits gamins imitent, suivent le pas, prennent à leur tour la posture.

 

 

L'ordre Industriel

A l'échelle l'industrielle, le travail est organisé comme un ordre. Il impose un rythme (une cadence), des gestes et des postures aux corps des ouvriers. A la manufacture de tabacs, les ouvriers sont exclusivement des femmes, les cigarières. Elle sont alignées le long d'un grand établi et roulent le cigare à l'intérieur de la cuisse. D'une institution à une autre, il existe aussi un ordre sexuel.

 

 

 

L'ordre religieux

La procession Mariale a été choisie par Fransisco Rosi. Le cadre religieux est aussi un ordre qui touche au corps. Alignement des fidèles, rythme du pas au son des clochettes, croix en référence au corps du Christ, représentation de la vierge. La procession amorce un mouvement vers une figure de femme, la vierge en pleures.

 

 

Les lieux de la danse

De la chambre intime à la place publique, improvisée ou codifée, la danse gouverne de l'intérieur l'affrontement des corps, elle commande la distance ou le rapprochement des sexes, elle ordonne les liens par le milieu, elle porte et traverse les générations par la puissance légère de son souffle.

 

 

 

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Vendredi 15 octobre 2004

En fin de Saison 2003-2004

 

Observer à plusieurs les plans, les scènes,... c'est donner une chance supplémentaire au film d'être vu pour ce qu'il est et ce qu'il dit. La capacité du spectateur à occulter des détails est extraordinaire, tant il court après un sens présumé. Un coup d'oeil suffit rarement. Il faut souvent le regard d'un autre pour découvrir tous les aspects d'une oeuvre (il faut deux yeux pour voir le relief), ses aspérités, ce qu'elle dit en creux... Alors, à condition de parler, un monde s'ouvre entre les lecteurs et l'illusion du cinéma. On pensait voir des images et finalement c'est une voix qu'on entend.

 

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Vendredi 15 octobre 2004

 

 

Le spectacle, c'est comme un repas, c'est meilleur partagé. De 2001 à 2003, avec L'Opéra National de Bordeaux, le Conseil Général de la Gironde et Réseau 32, nous avons inventé un AVANT et un APRES le spectacle. En lisant avant, l'appétit se creuse. Les sens sont en éveil, le corps est pret pour la rencontre. Après, les sensations et les émotions trouvent des mots et s'échangent, parfois longtemps après. JPL

 

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Vendredi 15 octobre 2004

Association Par les lettres au collège de Cestas 2002-2003

Pour écrire une nouvelle avec des cinquièmes, nous sommes partis d'une cinématographique, Central do Brasil. C'est le titre du film, c'est aussi le nom de la gare principale de Rio de Janeiro. Le récit commence à cet endroit. Pourquoi cet espace ? Qu'offre-t-il à un auteur ?

 

 

Faire un récit, c'est très souvent fabriquer de l'espace. Pour écrire le scénario d'une nouvelle, il est important de connaître le fonctionnement des lieux que l'on a choisis.

Comme dans les ports, les aéroports,... dans les gares, ça entre et ça sort. Ce sont des espaces de départ ou d'arrivée, intéressants pour commencer ou finir une histoire ou même les deux si on choisit une structure en boucle. Toutes sortes de personnages peuvent s'y rencontrer pour toutes sortes de raisons. Les situations les plus inattendues y sont possibles.

Ce sont aussi des espaces de "transites" qui conviennent pour des... transitions entre deux espaces (d'une ville à l'autre), ou entre deux chapitres.

Les espaces ont des règles quasi mécaniques. L'auteur doit absolument les connaître pour exprimer l'intensité, la gravité, l'humour, l'absurdité d'une situation autrement qu'en l'expliquant, ce qui est la pire des choses dans l'écriture littéraire. Le freinage d'un train dans une gare aura une force d'évocation toujours plus puissante qu'une description psychologique.

Les allés et retours entre le support cinématographique et la page d'écriture nous ont permis un travail assez technique sans perdre le plaisir du contact avec les mots.

 

Si le Road Movie de Walter Salles permet d'aborder les aspects mécaniques de la narration, parce que trop bien soulignés, il autorise aussi, et c'est le plus important, le jeu des associations libres. Des réseaux de figures (métaphores) évidents pour certaines et plus subtils pour d'autres, permettent d'opérer, comme sur une bande de möbius, le passage de la description objective à l'expression propre des élèves. Ce passage se fait souvent à l'insu de tous, mais il en reste toujours... une sorte d'allégresse.

Cette action a été réalisée par Jean-Philippe Lagrange et Léonie Thouens en 2002-2003

 

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Jeudi 14 octobre 2004

L'association propose différents travaux : photos, vidéos, écritures

PHOTOS

Ci-dessous :

 

Composer avec le temps...

 

VIDEOS

Pour les travaux vidéo, Par les lettres propose le format TM2 (Tourné et Monté en 2 heures). Les clips (autour de 5Mo) sont disponibles par mail (sur demande à parleslettres@online.fr) ou visible directement en cliquant sur les Liens (colonne de gauche) 

 

Des tournages plus importants, type court métrage, ont été réalisés en 2004 

ci-dessous tournage de Le domaine de la Butte :

 

ECRITURE

L'association accompagne ou soutient les travaux d'écriture jusqu'à la publication et après...

Alexandre Schmitt : Un amour gémellaire éditions l'Harmathan

 

Guillaume Guéraud : Chassé-croisé éditions du Rouergue

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