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Jeudi 31 mars 2005


2002 - 7ème Journées du Film ethnographique - Université Bordeaux 2 - L'autre.

Lecture en groupe du documentaire
Un ticket Bain-Douches de Didier Cros

Ce sont des gestes ordinaires, les gestes accomplis dans toutes les salles de bain, pour le soin du corps.
Ce qui l'est moins, ordinaire, c'est le cadre : les Bains-douches. Un espace intermédiaire un peu intime et publique à la fois. Les portes numérotées s'y succèdent en dédale, les miroirs s'y renvoient des reflets d'abîme.
Encore moins ordinaire, la caméra. On se recompose un nouveau portrait de mots et d'images devant ce nouveau mirroir. Plus proche de l'original ? Inaccessible. La parole coule et s'en va comme dans le lavabo ou la douche.
La parole hésite, cherche, au bord de la rencontre. Où est l'autre ? Insaisissable en image, il s'en faut pourtant de peu pour passer l'envers du... des corps.

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Lundi 28 mars 2005


Textes et peintures
Bram van Velde
Charles Juliet
2001-2002
Avec l'AFTC de Bordeaux

La lecture des oeuvres abstraites est un travail d'observation exigeant. Il n'y a pas de sens qui tiendrait lieu de rampe ou de guide. Le lecteur est confronté à un univers sans références ni catégories ni significations préalables.

Le travail consiste à repérer des formes élémentaires, lignes, surfaces, ensembles, cadres, couleurs, transparences, mouvements,... Au lecteur de faire des liens ou des différences, de se livrer à un jeu d'associations.

L'interprétation ne débouche pas sur un sens définitif, elle suit des traces laissées par un autre qui demeure absent. Elle suit des formes qui déjouent les stratégies, conscientes ou non, auxquelles le lecteur a habituellement (culturellement, affectivement... ) recours pour appréhender le monde et les autres.

L'oeuvre abstraite, en ne laissant pas comprendre, préserve un intervalle d'attente, un espace d'approche. Dans ce temps là, les lecteurs sont un peu en souffrance. Ils attendent le sens. C'est une présence qui vient.

C'est la voix, surtout, qui surprend. C'est sorti comme un don, presque à son insu. Celui que je laissais souvent pour absent dit "je suis là".

Peut-être que l'assemblée de lecture ne sert qu'à cela, au détour d'un texte, dire à l'autre "je suis là".


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Mardi 15 mars 2005
à l'Association des Familles des Traumatisés Crâniens de Bordeaux
2001-2002




Nous avons choisi des textes et des entretiens de Christian Bobin pour de nombreuses raisons. Son regard jette un éclairage singulier sur des événements de la vie ordinaire. le style invite le lecteur à redécouvrir l'univers proche à la mesure de l'enfance. Sa parole comporte aussi des paradoxes qui interrogent le langage, ce qu'il y a avant le langage, le désir de vivre, le corps et sa demande infinie...
Lire à plusieurs des textes de cette nature nous conduit au bord d'une parole nouvelle. Cette parole, pendant un instant, quitte les lamentations et les images habituelles du handicap.
Lorsque la lecture "prend", un sujet se dégage, un espace se forme. Il n'est plus question de déchiffrage ou d'analyse de texte, c'est la relation de groupe qui s'explore elle-même, par le détour d'une formule inattendue, qui vient du texte ou d'un lecteur. L'échange prend une consistance spéciale qui frappe l'oreille. Ces moments sont marqués par des sourires, une lumière dans les regards, une certaine légèreté.

La séance levée, tout s'évanouit, comme s'il ne devait rien rester de la lecture.
Peut-être un goût d'y revenir.


Avec le soutien du
Conseil Général de la Gironde
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Mardi 15 février 2005

 

 

Un groupe de lecture autour

du film Et au milieu coule une rivière
de Robert Redford tiré du roman de
Norman MACLEAN
La rivière du sixième jour Édition :

Paris, Seuil, 1993, 146p.

 

               

                                 AFTC

 

Le lecteur pourra suivre plusieurs parcours à la fois :

Un récit biographique qui présente l’éducation de deux fils de pasteur dans le Montana au début du XXème Siècle,

-Un parcours quasi-documentaire sur la pêche à la mouche

-Un drame familial posé sous forme d’énigme.  La réponse exige un important travail de lecture du côté du spectateur. Les indices laissés par le film invitent à un véritable apprentissage de l’interprétation de l’image.

- sur l’enseignement de la parole. Sous cet angle de lecture, l’espace, et la rivière en particulier, décrit une topologie du sujet, et une véritable théorie du langage, de la transmission dans la filiation, de l’écriture, du savoir,…

 Du point de vue de la technique cinématographique, les plans sur les mains fournissent une matière intéressante pour un parcours d’interprétation...

 

 

«Sous la roche, il y a la parole...»

C'est sur cette formule étrange que commence et finit ce film, comme pour dire : il y a là-dessous quelque chose à entendre et la pêche à la mouche est un moyen d'y prêter l'oreille.


Lire à plusieurs, c'est comme partir à la pêche d'une parole.

Une parole qui fraye dans le courant qui traverse les corps humains...

Comme la pêche, la lecture demande un peu de technique

et de patience. On revient parfois bredouille,
et d'autres fois on a de quoi donner aux autres.

Pas du poisson d'étalage, une parole vive.

La parole et les lecteurs se choisissent l'un l'autre,

mais ni l'une ni les autres ne savent quand ni comment.

Les mots écrits ne sont que la moitié du chemin.

Sans lecteurs il ne reste qu'encre et papier, lettre morte.
Ce qui reste aux lecteurs c'est le meilleur, la part du vivant.

 

La figure des mains traverse l'ensemble du film.

Elles trahissent une parole cachée. La lecture

sera attentive à la fabrication des plans sur cette

figure qui fournit une véritable grammaire de l'image.

 

Les mains

 

Le lecteur d'images exercé sait qu'une
histoire peut en cacher une autre. Le résumé
derrière le livre ou la jaquette ne dit pas tout, il
passe même souvent à côté du plus intéressant.

 

Il n'a pas échapé aux lecteurs de l'AFTC

(Association des Familles des Traumatisés Crâniens)

que ce sont les mains des personnages qui
racontent une histoire parallèle. D'un plan à l'autre,
elles forment un parcours de figures à interpréter.

 

Les mains ouvrent et ferment le récit :

Au début du film, ce sont celles d'un vieux pêcheur (Norman Maclean)

 montent une mouche sur sa ligne. Une voix off accompagne le geste :

 

Un jour mon père me dit : "Norman, tu aimes raconter des histoires vraies n'est-ce pas ?"

Je répondis par l'affirmative. "Pourquoi n'écrirais-tu pas l'histoire de notre famille ? C'est seulement comme ça que tu comprendras ce qui s'est passé et pourquoi "

 

Dans Et au milieu coule une rivière ce sont les liens de filiation qui sont en cause.

Il y a une énigme à raconter, non pas parce qu'elle est enfin connue de l'écrivain,

mais parce que l'écriture est la seule manière de la rejoindre.

 

Aveuglés par leur passion de la pêche, les Maclean

vont être frappés par un drame que leurs mains

annoncent pourtant tout au long du film.

Paul, le frère de Norman, sera retrouvé

mort au fond d'une impasse.

 

"Presque tous les os de sa main étaient brisés"

déclare Norman à son père

"De quelle main ?" demande le père à son fils

"La main droite"

 

 

Il restera pour eux une énigme à résoudre.

 

Cette énigme c'est au spectateur, mis au
rang de lecteur interprète, qu'elle s'adresse.

Le film lui donne de nombreux indices,

mais la réponse reste voilée.

 

 

On est jamais trop pour parler des
chemins où nous emmènent ceux qui écrivent,
filment ou peignent.

 

Il faut souvent croiser plusieurs regards pour entrevoir ce qui,

à vue d'un homme seul, reste caché sous la surface du monde.

 

Les mots écrits sont comme les pierres d'un chemin à gué,

 ils ne sont que des appuis au dessus du tumulte.

C'est le lecteur qui fait sa route dans la langue.

 

 

 

 

 

Le Conseil Général de la Gironde a rendu possible cet accompagnement à la lecture pendant une année auprès des traumatisés crâniens de l'AFTC en 2002.

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Dimanche 6 février 2005

 

Avec le soutient du Conseil Général de la Gironde, l'association Par les lettres accompagne et soutient les travaux d'écriture, confidentiels ou destinés à la publication.

 En 1999, nous avions rencontré et soutenu Alexandre Schmitt pour son roman Un amour gémellaire éditions L'Harmathan.

 En 2004, il nous avait remis son tapuscrit pour avis. Nous sommes heureux de vous annoncer la parution, le 4 février dernier, de Le Pavillon Dolores éditions du Seuil

 Ecouter un extrait du roman

Alexandre Schmitt est né en 1967 à Bordeaux.

Il a exercé plusieurs métiers, dont celui de parfumeur-créateur.

 

 

 

 

 

 

Béatrix se réveille dans une chambre inconnue. Son corps est brisé, sa mémoire en miettes, ses yeux ouverts sur une obscurité totale. A mesure que le temps noir de la chambre s'égrène, la jeune femme recouvre peu à peu ses esprits, des réminiscences affluent.

Atteinte d'une malformation du nerf optique, Béatrix n'a cessé depuis l'enfance de refuser l'instant où la cécité se jettera sur elle. Au terme d'une longue errance, elle échoue sur la côte Ouest des États-Unis où son destin croise celui de Sherryl et de Tom. Quelques semaines après cette rencontre, elle s'effondre, aveugle.

Depuis plusieurs jours, elle est soignée, à demi-consciente, au pavillon Dolores, une clinique à une centaine de miles au sud de San Francisco. Autour de Béatrix, c'est tout un monde qui prend forme, des voix et des gestes sont perçus depuis le lit : il y a l'inquiétant docteur Graber, l'infirmière Daisy, Luster, enfin, un aide-soignant désabusé qui a sombré dans l'alcool.

Riche de révélations brutes et raffinées, Le Pavillon Dolores ouvre des brèches de lyrisme dans des blocs de plomb. Cela fuse soudain, et c'est merveilleux, dans le noir.

 

 

 

 

 

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